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Évaluations saison 2 mais quelles finalités ?
Mise à jour:
Septembre 2019

 

 

 

Alors que, malgré les nombreuses critiques, les évaluations nationales s'imposent de nouveau aux enseignantes et enseignants de CP et CE1 à partir de lundi 16 septembre, le SNUipp-FSU s'adresse au ministre avec sept autres organisations syndicales et mouvements pédagogiques pour mettre à plat ces tests et interroger leurs finalités. Un pilotage par les résultats ne pourrait engendrer que bachotage et stress. Les organisations demandent une rencontre avec le ministre pour prendre en compte l'expertise enseignante.

Le courrier

Monsieur le Ministre,

L’an dernier, la mise en place des évaluations standardisées de CP et CE1 a généré de fortes critiques de la profession et des familles.
Nos différentes alertes ont permis des modifications sur la forme et dans le contenu des items, des temps de passation, du nombre de livrets et des temps de saisie mais ne modifient ni la nature ni les finalités de ce protocole. Comme l’année dernière, elles laissent de côté de nombreux pans des apprentissages pourtant essentiels à la maîtrise des compétences visées au cycle 2.

De même, nous nous interrogeons toujours sur la finalité de ces évaluations. Nous craignons toujours un étiquetage précoce et une volonté renforcée de piloter par les résultats. Cela entraîne une modification des pratiques enseignantes préjudiciable aux élèves les plus fragiles et une défiance à l’égard du professionnalisme des collègues.
En effet la valorisation par la DEPP de la stratégie de « réponse à l’intervention » risque d’engendrer une réduction des savoirs enseignés à ce qui est évalué, la prévalence de l’entraînement et la répétition sur les autres processus d’apprentissage, tout comme une évolution du métier d'enseignant avec une place réduite pour la conception de l’enseignement.

Les différentes expériences internationales en matière d'évaluation et de pilotage des systèmes éducatifs par ce système, nous montrent déjà ce type de dérives qui génèrent des situations anxiogènes, du bachotage, un abandon des matières culturelles ou sportives et une mise en concurrence des classes et des écoles.

Notre crainte est grande que ces évaluations servent de prétexte pour assigner à la maternelle une mission réduite à une préparation à l’école élémentaire au détriment de toutes les autres finalités. Prenant ainsi le risque de créer de la difficulté scolaire notamment chez les élèves dont la culture familiale est éloignée de la culture scolaire.

L’évaluation fait partie intégrante des enseignements et des apprentissages des élèves et tou-tes les enseignant-es la pratiquent régulièrement. Cependant, plutôt que de reconnaître que les enseignant·es, pratiquent leur métier avec sérieux, votre administration envisage encore des sanctions à l’encontre de celles et ceux qui n’ont pas appliqué totalement ou en partie le protocole en 2018/2019 qui leur a été imposé alors qu’il était très mal adapté à la réalité des classes.
Dans un souci d’apaisement des tensions, de rétablissement d’une forme de confiance, et de respect de l’expertise des enseignant·es, ces sanctions (retrait de salaire, inscription au dossier personnel, restrictions du choix du niveau de classe…) doivent être levées.

Nous tenons à réaffirmer ici notre attachement à une école qui soit respectueuse des élèves, de leurs familles, du travail des enseignant·es et de leur liberté pédagogique. C'est à cette condition, en respectant les spécificités de chacun et chacune, les différents contextes de scolarisation et en accordant véritablement la confiance aux enseignant·es que notre école pourra progresser.
Nous ne rejetons pas l’idée de disposer d’outils d’évaluation nationaux, mais nous demandons que les protocoles d’évaluation continuent de mieux prendre en compte les besoins réels des classes en respectant la professionnalité et l’expertise des enseignants. Ce qui n’est pas le cas avec les évaluations standardisées actuelles et c’est pourquoi nous les remettons en question.

Dans ces conditions, nous ne sommes pas opposé-es à ce que la question de l’évaluation nationale soit posée collectivement et qu’un travail en profondeur sur les finalités, les contenus d’une telle pratique, ainsi que sur les outils et leur usage soit mené. Notamment, sur la correction et le retour des résultats aux professionnels pour que ceux-ci soient utiles à leurs pratiques en classe.
Si les protocoles d’évaluation CP-CE1 ont été constamment présentés par la DGESCO et la DEPP comme des outils au service des enseignant-es, nous souhaitons qu’ils le soient vraiment et qu’ils ne soient plus instrumentalisés à des fins d’évaluation des performances du système, de mesure de l’«efficacité » d’une politique ou de rémunération au mérite. Nous, organisations syndicales et mouvements pédagogiques signataires sommes à votre disposition pour travailler ces questions avec vous, en nous appuyant sur l’expertise des enseignants. 

Paris, le 14 septembre 2019

Les signataires

Francette Popineau, co-secrétaire générale du SNUipp-FSU
Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa
Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT
Norbert Trichard, secrétaire général du Snudi-FO
Patrick Désiré, secrétaire général de l’UNSEN-CGT Éduc’action
Isabelle Lardon, co-secrétaire générale du GFEN
Catherine Chabrun, vice-présidente de ICEM-pédagogoie Freinet
Roseline Prieur, présidente du CRAP – Cahiers pédagogiques.

 

Évaluations nationales : rebelote mais sans atout

Les évaluations standardisées CP-CE1 ont déclenché une avalanche de critiques, en premier lieu celles des enseignantes et enseignants de CP et CE1 qu'elles ont contraints sans les aider à mieux connaître leur élèves. Le SNUipp-FSU, avec le monde de la recherche, a décrypté ces tests et leurs objectifs réels. Ce travail se poursuit avec tout un éventail d'actions à destination de la profession : publications, vidéos, création d'un observatoire des pratiques. Un courrier commun de huit organisations et mouvements pédagogiques interpelle le ministre sur les finalités du dispositif.

La persistance d’un dispositif d’une année sur l’autre n’est pas gage de sagacité. La preuve avec le maintien, par un ministre sourd aux critiques, des évaluations CP et CE1. 

Jugées chronophages, fastidieuses, anxiogènes, mal adaptées ou inutiles par les enseignantes et enseignants des écoles, comme le soulignait l’enquête du SNUipp-FSU réalisée l’an dernier. Ces tests ont montré que les élèves pouvaient progresser. Belle découverte ! En revanche, ils visent à encadrer les pratiques enseignantes et étriquent les apprentissages puisqu'ils n'évaluent que des compétences instrumentales et contrôlables (lire l'analyse détaillée ici). Des pressions inédites se sont exercées sur les enseignantes et enseignants qui refusaient de les faire passer ou de remonter les résultats. 

De toutes petites évolutions depuis l'an dernier

La protestation de l'an dernier a tout de même produit quelques effets : les évaluations n'ont pas été généralisées aux autres niveaux de classe, les temps de passation ont été réduits et l'outil de restitution aux familles a été revu. Pour autant l'objectif de ces tests reste le même. Enfin, cette année encore, le ministère a reconduit la récupération de 5 h d'APC pour les personnels concernés par leur passation. 

Pilotage par les résultats

Ce dispositif risque d’entraîner une pédagogie de bachotage, individualisante avec un étiquetage précoce des élèves. Associé à l’accumulation de guides et de réajustements des programmes, il renforce une logique de pilotage par les résultats. Les évaluations orientent l’enseignement vers une application de protocoles basés sur la répétition et des démarches frontales, excluant le sens. Le SNUipp-FSU propose de montrer le désaccord de la profession au travers de modalités variées, de la non-passation à des aménagements. 

Dans ce cadre, il prépare tout un panel d'actions et d'outils à destination de la profession afin de l'aider dans ses choix. Cela passera par des réunions d'information syndicale, mais aussi la publication de 4 pages, l'édition de vidéos de décryptage, des outils à destination des familles également. Un observatoire de la liberté pédagogique et de la liberté d'expression afin que la profession puisse témoigner de la réalité du terrain : difficultés et réussites !

Décryptage vidéo des évaluations 2019

évaluations

 


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